Interview : Stéphanie Magnin, l'intensité comme évidence
- Victoria Di Cala (BC)

- 4 août
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 6 août

Révélée au grand public par son rôle bouleversant de Ruth dans Los creyentes (The Truthers), disponible sur Netflix depuis le 24 juillet 2026, Stéphanie Magnin revient, pour ETUU, sur son parcours, les défis de ce premier grand rôle et la manière dont ce personnage profondément humain a marqué son chemin d'actrice.
Following her breakout performance as Ruth in The Truthers (Los creyentes), available on Netflix since July 24, 2026, Stéphanie Magnin reflects, for ETUU, on her journey, the challenges of her first leading role, and the lasting impact of portraying such a deeply human character.
Il y a des acteurs que l'on découvre soudainement, comme une évidence. Avec Los creyentes (The Truthers), disponible sur Netflix depuis le 24 juillet 2026, Stéphanie Magnin appartient à cette catégorie. Dans ce thriller psychologique où les certitudes vacillent autant que les relations humaines, la comédienne espagnole livre une interprétation remarquée de Ruth, un personnage traversé par le doute, la douleur et une quête de sens permanente. Derrière cette performance se dessine le parcours d'une actrice qui a choisi de suivre sa vocation après des études de droit.
Pourtant, rien ne la destinait, en apparence, à embrasser cette carrière. Passionnée de théâtre depuis l'enfance, Stéphanie Magnin a d'abord choisi une voie plus conventionnelle. Après des études de droit, un sentiment d'inaccomplissement s'impose. « Depuis toute petite, je suis passionnée par le métier d'actrice, mais je ne me suis lancée professionnellement qu'après l'université. J'ai étudié le droit, mais je ne m'y épanouissais pas. J'ai donc essayé une école de théâtre pendant un an... et je n'ai plus jamais arrêté. » Une décision qui allait changer le cours de sa vie et ouvrir un chemin construit avec patience, persévérance et exigence.
« C'était un défi incroyable, mon premier rôle principal. Il restera toujours gravé en moi. »

Lorsque le scénario de Los creyentes arrive entre ses mains, rien n'est encore joué. Comme souvent dans le métier, il faut convaincre. « J'ai passé une audition pour ce rôle. Être acteur est très difficile et se voir proposer un rôle est quelque chose qui ne m'arrive généralement pas... », confie-t-elle avec sincérité. Mais dès la lecture des premières scènes, elle est happée par Ruth. « Quand j'ai lu les répliques de Ruth, j'ai tout de suite aimé la profondeur de ses blessures et j'ai décidé de tout faire pour obtenir ce rôle. » Plus qu'un personnage, Ruth devient un territoire émotionnel à explorer.
Car tout l'enjeu de son interprétation réside dans cette fragilité permanente. Ruth avance dans le récit comme une femme en équilibre précaire, prisonnière de ses blessures et de ses interrogations. Pour l'incarner, Stéphanie Magnin ne cherche pas à lui ressembler mais à la comprendre. « J'ai essayé de faire preuve d'empathie envers elle. Je ne lui ressemble en rien, mais je pouvais comprendre ce que signifie être perdu dans la vie. Je pense que c'est quelque chose qui arrive à beaucoup de personnes de ma génération... »
Derrière cette réflexion se dessine une lecture plus universelle du film, où les errances individuelles deviennent le miroir d'une génération confrontée à l'incertitude.

Maintenir cette tension émotionnelle pendant toute la durée du tournage représente l'un des plus grands défis de sa carrière. D'autant que, comme souvent au cinéma, les scènes sont tournées dans un ordre totalement différent de celui du récit. « Je pense que le plus difficile a été de maintenir cette émotion tout au long du film... Ruth est constamment envahie par le doute et le chagrin. Comme vous le savez sûrement, les films ne sont pas tournés dans l'ordre chronologique. Je devais donc m'adapter à chaque scène et rester dans cet état d'esprit, concentrée du début à la fin de chaque journée. » Une discipline de chaque instant qui transparaît à l'écran.
Cette première expérience en tant que protagoniste prend également une dimension particulière grâce à sa rencontre avec José Coronado, monument du cinéma espagnol. Partager l'affiche avec un acteur aussi expérimenté constitue pour elle une occasion d'apprendre autant qu'un privilège.
« C'était très enthousiasmant. Il a tellement d'expérience que c'était une formidable opportunité d'apprendre auprès de l'un des plus grands. »
Une fois le tournage achevé, quitter Ruth demande également un véritable travail. Peu à peu, le poids du personnage s'allège. « Pendant les derniers jours de tournage, j'ai commencé à me sentir plus légère, c'était un vrai soulagement. » Le passage immédiat vers un autre projet lui offre même une forme de libération physique. « Juste après Los creyentes, j'ai commencé un autre film, La fiera, dans lequel je devais escalader une paroi rocheuse. C'était une manière incroyable d'évacuer, grâce à l'effort physique, toute la pression que Ruth avait laissée en moi. » Comme si le mouvement permettait enfin d'évacuer les tensions accumulées pendant des mois.
De cette aventure, Stéphanie Magnin retient avant tout l'immense étape franchie dans son parcours. « C'était un défi incroyable, mon premier rôle principal. Il restera toujours gravé en moi. Je suis remplie de gratitude. » Une gratitude qui reflète autant la conscience des difficultés du métier que la satisfaction d'avoir porté un personnage aussi complexe.
L'avenir s'annonce déjà prometteur. Si la discrétion reste de mise, l'actrice révèle être actuellement en tournage en Andalousie. « Tout ce que je peux dire, c'est que je tourne actuellement à Grenade. Et c'est un film consacré à l'un des plus grands poètes et écrivains du monde... » Quelques mots qui suffisent à éveiller la curiosité sans trahir les secrets de cette nouvelle production.

Quant à Los creyentes, Stéphanie Magnin en propose une lecture profondément humaine. « Je pense que nous explorons la condition humaine et les relations que nous entretenons les uns avec les autres à cette période de notre histoire. Nous traversons une forme de solitude et faisons face à la fragilité des relations humaines, même au sein de la famille. » Derrière les codes du thriller, le film questionne les fractures contemporaines, la solitude et la difficulté à trouver sa place dans un monde où les liens semblent parfois se déliter. Et si elle recommande cette œuvre, c'est parce qu'elle conjugue divertissement et réflexion : « C'est un thriller très prenant qui porte aussi un véritable message de réflexion. Je trouve que c'est ce qui le rend précieux. »
À travers Los creyentes, Stéphanie Magnin ne signe pas seulement une performance remarquée ; elle révèle une présence d'une rare sensibilité, capable de faire exister les silences autant que les mots. Une actrice qui, loin des artifices, construit son parcours avec humilité, intensité et une profonde vérité de jeu. Si ce premier grand rôle marque un tournant, il ressemble surtout au début d'un chemin que le cinéma espagnol, et sans doute bientôt international, suivra avec une attention grandissante.
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