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Interview : Chez Étienne Russo, Paris Noir prend vie le temps d'une soirée

  • Photo du rédacteur: Victoria Di Cala (BC)
    Victoria Di Cala (BC)
  • il y a 8 heures
  • 5 min de lecture

Chez Étienne Russo à Paris, lancement intime de Paris Noir. ©NSS France


Invité par NSS France au lancement de Paris Noir, ETUU a découvert bien plus qu'un nouveau magazine. Dans son appartement parisien, Étienne Russo a imaginé une soirée à son image, entre intimité, émotion et célébration d'une jeunesse créative qu'il souhaite aujourd'hui accompagner.


Il est des invitations qui ressemblent déjà à une déclaration d'intention. Pour célébrer la sortie de Paris Noir, dernier chapitre de la trilogie imprimée de NSS France, Étienne Russo n'a pas choisi une galerie, un hôtel particulier ou un espace événementiel. C'est chez lui, dans son appartement parisien, que le fondateur de Villa Eugénie a convié ses invités.


Un choix loin d'être anodin. Figure incontournable de la scénographie contemporaine, habitué à imaginer les décors des plus grandes maisons de mode, Étienne Russo a cette fois préféré ouvrir les portes de son univers personnel.


Dès l'entrée, le ton est donné. Les lumières sont tamisées, la musique volontairement atmosphérique, presque suspendue, tandis que les conversations se mêlent au son d'une bande originale discrète. Plus qu'une soirée de lancement, le lieu semble prolonger naturellement les pages du magazine.


L'atmosphère feutrée de l'appartement d'Étienne Russo lors du lancement. ©NSS France
L'atmosphère feutrée de l'appartement d'Étienne Russo lors du lancement. ©NSS France
« Je crois que j'ai voulu faire ça ici parce que ça me ressemble. Et, quelque part, ça fait partie de Paris Noir. Je voulais aussi une musique un peu dark, une musique de fin de soirée, très atmosphérique et très émotive. »

À l'image de son hôte, la soirée privilégie les émotions à la démonstration. Chaque détail semble pensé pour laisser le temps d'observer, de discuter et de feuilleter le magazine dans une atmosphère intime, loin de l'effervescence habituelle des lancements éditoriaux.


Une évidence créative


Étienne Russo, Rick Owens et Michèle Lamy réunis pour Paris Noir. ©NSS France
Rick Owens, Étienne Russo et Michèle Lamy réunis pour Paris Noir. ©NSS France
Les pages intérieures de Paris Noir dévoilent une autre vision de Paris. ©NSS France
Les pages intérieures de Paris Noir dévoilent une autre vision de Paris. ©NSS France

Pour Paris Noir, Étienne Russo endosse pour la première fois le rôle de rédacteur en chef invité. Une expérience inédite pour celui qui, depuis plusieurs décennies, met en scène les univers des autres plutôt que le sien.


Lorsqu'on lui demande ce qui l'a convaincu d'accepter ce projet, la réponse vient immédiatement.


« Quand on m'a proposé de le faire, c'était une évidence. Il y a tellement de choses à montrer, à faire ressortir de Paris, dans la mode et dans tout ce qu'il y a dans les nouvelles générations. J'avais envie de mettre tout cela en valeur. »

Derrière Paris Noir, il ne cherche pas à dresser le portrait d'un Paris de carte postale. Son regard se porte davantage vers une capitale en mouvement, façonnée par celles et ceux qui la réinventent quotidiennement. Le magazine s'éloigne ainsi des représentations attendues pour explorer un Paris plus discret, parfois souterrain, où la création, la mode, l'art et les cultures contemporaines dialoguent librement. Cette vision traverse également le choix des personnalités réunies dans ses pages.


Une autre idée de Paris


Michèle Lamy se dévoile au fil des pages de Paris Noir. ©NSS France
Michèle Lamy se dévoile au fil des pages de Paris Noir. ©NSS France

En couverture, Michèle Lamy s'impose comme une évidence. Figure majeure de la création contemporaine, muse, productrice, designer et partenaire de Rick Owens, elle incarne depuis plusieurs décennies une liberté artistique qui dépasse largement les frontières de la mode.


Son portrait ouvre un magazine où se croisent également des personnalités parfois moins exposées aujourd'hui, mais qui continuent, selon Étienne Russo, à raconter une facette essentielle de la capitale. Parmi elles figure notamment le photographe américain Spencer Tunick, dont les installations monumentales dans l'espace public occupent une place importante dans Paris Noir.


« Je suis allé retrouver des gens dont on ne parlait plus beaucoup. Spencer Tunick, par exemple, dont j'ai toujours admiré les installations. Il y avait aussi un thème très important : l'amour. L'amour pour Paris, mais aussi l'amour en général. Je crois qu'on le ressent dans le magazine. »

Loin de céder à la nostalgie, Paris Noir apparaît alors comme une déclaration d'amour adressée à une ville multiple, où se croisent différentes générations, différentes cultures et différentes façons de créer.


Mettre la jeunesse au premier plan


Étienne Russo aux côtés d’un invité lors de la soirée parisienne. ©NSS France
Étienne Russo aux côtés d’un invité lors de la soirée parisienne. ©NSS France

Si Paris Noir rend hommage à une capitale créative, son véritable fil conducteur est ailleurs : dans celles et ceux qui façonnent déjà le Paris de demain.


Très vite, Étienne Russo explique que le projet s'est imposé à lui comme une occasion de mettre en lumière une nouvelle génération de créateurs.


« Je suis dans un moment de passation de ma vie où j'ai envie de faire profiter les jeunes de l'expérience que j'ai. »

Une phrase qui revient comme un manifeste. Après avoir accompagné pendant plusieurs décennies les plus grandes maisons de luxe à travers Villa Eugénie, le scénographe belge regarde désormais vers celles et ceux qui commencent à écrire leur propre histoire.


Pour lui, Paris Noir ne devait pas seulement raconter une ville, mais surtout celles et ceux qui lui donnent aujourd'hui son énergie.


« Il y avait une direction très claire : où est la jeunesse qui fait bouger Paris ? Même lorsqu'elle ne vient pas de France, elle participe à faire vivre cette ville. C'était vraiment le fer de lance du projet. »

Dans les pages du magazine, cette jeunesse dialogue naturellement avec des figures plus installées, dessinant une cartographie sensible d'un Paris en constante évolution, où les générations se répondent sans jamais s'opposer.


Un retour aux sources


Cette volonté d'accompagner les jeunes créateurs ne relève pas d'un simple discours. Elle fait directement écho aux débuts de sa carrière. Avant de devenir l'un des plus grands noms de la scénographie de mode, Étienne Russo a lui-même participé à l'émergence de plusieurs designers belges devenus incontournables.


Aujourd'hui, il ressent le besoin de retrouver cet engagement.

« Je réfléchis à un nouveau projet autour des jeunes créateurs. J'aimerais leur apporter un soutien, parce qu'ils en manquent sérieusement aujourd'hui. »

Une manière, presque naturelle, de refermer une boucle.


« J'ai commencé avec des jeunes créateurs en Belgique, comme Dries Van Noten ou Walter Van Beirendonck. Finalement, c'est un peu un retour aux sources. »

Derrière ces mots se dessine une nouvelle étape de son parcours : transmettre davantage que produire.


Garder un regard d'enfant


Le magazine Paris Noir, premier numéro du projet éditorial. ©NSS France
Le magazine Paris Noir, premier numéro du projet éditorial. ©NSS France

Malgré une carrière construite au plus haut niveau de la mode internationale, Étienne Russo affirme conserver intacte la curiosité qui l'anime depuis ses débuts.


Lorsqu'on lui demande ce qui continue de le surprendre aujourd'hui, sa réponse est immédiate.


« J'ai des yeux d'enfant. Je suis toujours admiratif devant les gens qui ont du talent. Il y a tellement de choses qui se passent dans la musique, la mode ou le cinéma... Cela donne envie de regarder le monde d'aujourd'hui. »

Un monde qu'il reconnaît pourtant plus fragile.


« On vit dans quelque chose de difficile, mais je trouve qu'il reste un certain positivisme. Et j'ai envie de faire une extension de mon bras pour partager cela. »

Cette idée résume sans doute le mieux l'esprit de Paris Noir. Plus qu'un objet éditorial consacré à Paris, le magazine apparaît comme une plateforme où se rencontrent les générations, les disciplines et les sensibilités. Au fil de la soirée, l'appartement d'Étienne Russo s'est transformé en prolongement naturel de cette vision : un lieu où les conversations, les rencontres et les créations se répondent avec la même liberté que les pages du magazine.


Pour son premier rôle de rédacteur en chef invité, il ne signe pas simplement une publication consacrée à Paris. Il livre une déclaration d'amour à une ville qui continue, selon lui, d'appartenir avant tout à celles et ceux qui osent encore la réinventer.


Contributeur et propos recueillis par Rachel Ioussaïdene.


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