Entretien exclusif : Javier Martìnez, l’acteur et comédien émergent à suivre
- La rédaction

- 17 juin
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 3 juil.

Après un premier article consacré à son parcours, Javier Martìnez a accepté de se confier à ETUU dans une interview exclusive. Ancien ingénieur chimiste devenu comédien, Javier Martìnez construit depuis plusieurs années un parcours sensible et incarné du jeu. Entre théâtre et cinéma, il développe une interprétation marquée par la précision, l’intensité émotionnelle et un travail minutieux du personnage.
À l’heure où le Festival de Cannes s’achève et où les regards se tournent vers les talents qui façonneront le cinéma de demain, Javier Martìnez s’impose comme l’un des visages émergents à suivre. Bien qu’il ne soit pas issu d’une famille d’artiste, il a néanmoins toujours été attiré par tout ce qui relevait de la création : le chant, la danse, la peinture, les travaux manuels, même la cuisine. Et ce qu’il aime par-dessus tout dans ces activités, c’est de pouvoir partager son plaisir de créer avec autrui. Mais malgré cet attrait certain pour l’univers artistique, Javier Martìnez se destine finalement à une voie plus conventionnelle : l’ingénierie chimique. Les années passent et l’envie de jouer demeure tout en se faisant plus forte. Deux évènements marquants lui font comprendre que monter sur les planches est un besoin vital.
«Tant que je pourrai provoquer une émotion sincère chez quelqu’un, j’aurai le sentiment d’être à ma place ». Javier Martìnez,
L’appel de la scène
Comme une image qu’on n’arrive pas à oublier, une senteur imprégnée ou un souvenir flou mais permanent, pour Javier, « l’appel de l’interprétation était toujours là, très présent ». Celui-ci se manifeste à diverses occasions, comme lors d’une représentation à laquelle il assiste, comme il en a eu l’habitude. Mais ce soir-là, quelque chose de nouveau se produit, une révélation. Javier nous confie, « j’ai assisté à une représentation de la comédie musicale Cabaret à Vitoria. J’ai été profondément bouleversé. Je me souviens avoir été au bord des larmes. À cet instant, j’ai su que je voulais être sur scène, vivre cela de l’intérieur. »
C’est alors qu’il saute le pas, « un jour, j’ai décidé d’écouter cette passion et de m’inscrire dans une école de théâtre et de cinéma à Vitoria. Dès le premier cours, j’ai compris que j’étais exactement à ma place. »
Javier, dès lors mène une double activité : ingénieur le jour et étudiant de théâtre la nuit. Il nous raconte le sourire aux lèvres, « à l’époque, je travaillais comme ingénieur toute la journée et j’étudiais le théâtre le soir. Je participais également à la création des spectacles : scénographie, costumes, accessoires… Je vivais à cent à l’heure ».
Mais la coexistence de ces deux vies en une seule a fini par avoir des répercussions physiques sur lui, constituant un premier signal d’alerte qui l’a progressivement conduit à adopter une nouvelle direction. « Cette double vie a fini par avoir des conséquences physiques. Le stress était devenu tel que je souffrais de douleurs importantes à l’estomac. J’ai alors compris que je ne pouvais plus continuer ainsi. » explique-t-il.
Il complète, « comme je savais que je ne voulais pas abandonner le théâtre, j’ai pris une décision difficile : quitter mon emploi stable d’ingénieur pour me consacrer entièrement à mon rêve. »
Un acteur dévoué à ses rôles et au service de la narration
Pour Javier Martìnez, jouer c’est plus qu’interpréter, c’est habiter. Il détaille, « habiter un personnage va bien au-delà du simple fait de l’interpréter. C’est lui offrir ma voix, mon corps, mon imaginaire et toute ma palette émotionnelle. Mon objectif est que le spectateur puisse ressentir ce que le personnage ressent, sans artifice ».
Cette façon de jouer ne se fait pas en suivant uniquement le scénario et Javier l’a bien compris. Au-delà de suivre le texte et d’habiter le personnage, il ajoute des briques à sa construction. « Je pars évidemment du texte, mais j’essaie toujours d’aller plus loin. Je construis tout un univers autour du personnage : ses peurs, ses désirs, ses objectifs, ses blessures, ses contradictions. J’aime lui donner des couches supplémentaires, une profondeur qui ne se trouve pas forcément dans le scénario ». Pour Javier, le jeu ne se fait pas uniquement sur scène mais aussi lors de la construction du personnage.
Enfin, comme beaucoup d’interprète, une partie de lui se glisse inévitablement dans chaque rôle. Bien qui la laisse investir son jeu il l’encadre afin de ne jamais déroger à son objectif : « Je ne cherche pas à jouer Javier ; je cherche à comprendre profondément l’autre ».
Quand on lui demande dans quelle catégorie d’acteur il se place : instinctif ou réfléchi, il nous répond « les deux ». Le premier étant indissociable du deuxième selon lui, « l’instinct n’est possible que lorsqu’on a suffisamment préparé le terrain ». Il rajoute, « j’analyse beaucoup, je construis minutieusement le personnage avant le tournage ou les répétitions. Mais une fois sur le plateau ou sur scène, je veux être libre. Je veux écouter mon partenaire, vivre réellement la situation et laisser place à l’instant présent ».
Des moments de jeu marquant
Lorsqu’on lui demande son plus beau souvenir sur scène ou lors d’un tournage, Javier nous répond sans hésiter : The Bodyguard (« el Guardaespalda »), le musical. Plus qu’un rôle magique, cette pièce représente un véritable tournant dans sa carrière. Il nous détaille, « j’y interprétais deux personnages radicalement opposés : l’harceleur et le personnage principal. Cette dualité constituait un défi passionnant. La tournée à travers toute l’Espagne a été une expérience extraordinaire ». Il ajoute avec beaucoup d’émotions, « les chansons de Whitney Houston, que j’admire profondément, résonnaient chaque soir avec une intensité particulière ».
Plus important que d’être marqué par un rôle, ce que souhaite Javier c’est aussi d’émouvoir le spectateur, « ce qui compte pour moi, c’est de ne jamais laisser le spectateur indifférent ». À travers son jeu et son travail, il n’a qu’un souhait chaque fois qu’il foule les planchers ou apparaît devant la caméra : « que le spectateur puisse se connecter au personnage, traverse son histoire avec lui et ressente quelque chose d’authentique ».
Ce qui stimule Javier c’est de transmettre et faire ressentir, ce qui constitue, selon lui, la plus belle mission d’un acteur. Chaque fois qu’il joue il cherche toujours le même objectif, « que la personne qui entre dans la salle de cinéma ou de théâtre, en ressorte légèrement différente. Même si ce changement est infime, s’il y a eu une émotion, une réflexion ou simplement un mouvement intérieur, alors quelque chose s’est produit », nous raconte-t-il.
Projets en cours et perspectives
ETUU : Sur quels projets travaillez-vous actuellement ?
Javier Martìnez : « Je suis actuellement au Théâtre de la Zarzuela à Madrid, où je participe à la production de El Gato Montés, du compositeur Manuel Penella et dirigé par Christof Loy. C’est une aventure artistique passionnante portée par une équipe exceptionnelle. Parallèlement, je poursuis le travail quotidien du métier d’acteur : castings, entraînement, formation continue et préparation de futurs projets ».
« C’est une œuvre intense construite autour d’un triangle amoureux tragique. Je préfère garder une part de mystère, mais c’est une histoire portée par une musique magnifique et de fortes tensions dramatiques ».
ETUU : Il y a-t-il un rôle que vous n’avez pas encore exploré qui vous attire particulièrement ?
Javier Martìnez : « Sans hésitation : la comédie. J’en ai déjà fait au cours de ma carrière. Le public me voit souvent dans des rôles plus dramatiques. Pourtant, j’aime énormément ce registre. J’aimerais avoir l’occasion de développer davantage cette facette de mon travail, notamment à travers des personnages plus extravertis, plus explosifs, capables d’exprimer leurs émotions de manière plus directe. Le drame demande souvent une intériorité très forte. La comédie permet une énergie différente, plus extérieure, et cette perspective m’attire beaucoup ».
Il indique également : « J’aimerais également explorer davantage les films d’action. Participer à une grande production de ce type serait un rêve. Sans prétendre devenir James Bond, bien sûr, j’aimerais interpréter un personnage évoluant dans cet univers : intense, physique, riche en enjeux dramatiques. Ce sont des rôles qui offrent de formidables terrains de jeu pour un acteur ».
Javier Martìnez et le cinéma en une image
Sans grande hésitation, Javier à immédiatement une image qui lui vient en tête lorsqu’il pense à son rapport avec le 7ème art : « une fenêtre ouverte sur d’autres mondes ». Il détaille, « chaque film nous permet de découvrir des vies que nous n’aurions jamais vécues, de traverser des émotions que nous ne connaîtrons peut-être jamais dans notre propre existence. Quand je vais au cinéma, j’ai toujours l’impression d’entrer dans un espace unique où tout devient possible ».
Plus qu’un voyage à travers des mondes, cela représente pour l’acteur une forme de catharsis passive. Le cinéma nous ouvre à un champ des possibles et nous laisse en tirer ce que nous en voulons. Il explique, « c’est un endroit où l’on peut rire, souffrir, rêver, aimer, voyager, comprendre les autres et parfois mieux se comprendre soi-même ».
Véritable lieu d’expression pour les acteurs, c’est un lieu de vie pour les spectateurs, libre de ressentir et de lâcher prise. « Le cinéma est avant tout cela : une fenêtre ouverte sur l’émotion ».
Une certitude habite Javier Martìnez : « mon prochain grand rôle est encore devant moi ». Une perspective qui lui donne envie de continuer à avancer et de marquer le cinéma de son empreinte. L’acteur basque conclut sur ces mots, reflet de son intensité émotionnelle : « Tant que je pourrai provoquer une émotion sincère chez quelqu’un, j’aurai le sentiment d’être à ma place ».
Un sujet de : Victoria di Cala (BC) Co-écrit par Cassandre Parent et Eva Bettale






