Interview Exclusive : Peter Otlan – Peindre le mystère de l’existence
- Victoria Di Cala (BD)

- 16 mars
- 5 min de lecture

Qu’est-ce qui vous pousse à explorer les mystères de l’existence dans vos tableaux ? Peter Otlan, peintre talentueux, architecte visionnaire et penseur métaphysicien, ne répond jamais par des formules toutes faites. Russe et letton, formé à Saint‑Pétersbourg dans l’héritage avant-gardiste de Malevitch, il vit aujourd’hui entre la Lettonie et le Lac de Côme, là où l’élégance italienne rencontre la profondeur slave.
Comme il l’écrit lui-même : « La nature de mon travail m’a enseigné la complexité de l’existence et sa dépendance vis-à-vis de l’observateur. Cependant, je crois que la clé pour démêler cette complexité réside dans la ‘Mente Benevola’ – l’esprit bienveillant. »
Nous avons rencontré cet artiste pour explorer le passage de l’architecture à la peinture, sa technique du « souffle » – inspiration et expiration –, et la quête philosophique qui traverse ses toiles comme une respiration essentielle.
« La nature de mon travail m'a enseigné la complexité de l'existence et sa dépendance vis-à-vis de l'observateur. Cependant, je crois que la clé pour démêler cette complexité réside dans la 'Mente Benevola' – l'esprit bienveillant. » - Peter Otlan
De Saint‑Pétersbourg à la quête du « paradis »

« Je suis né dans l’Union soviétique, dans la ville qui s’appelle aujourd’hui Saint‑Petersbourg », commence Otlan. « Dès l’instant de sa fondation, cette ville fut décrite comme une ‘fenêtre sur l’Europe’, et elle a exercé une profonde influence sur moi. » Formé à la Faculté d’Architecture de l’Institut de Génie Civil de Leningrad, il a étudié dans l’atelier de Lazar Khidekel, disciple de l'avant-garde de Kazimir Malevitch. « Il m’a montré la puissance de la bienveillance, de l’amour et de l’élan créatif qui ont su traverser les périodes les plus sombres de l’histoire russe. »
Parallèlement, il a étudié le dessin dès l’enfance, jusqu’à l’atelier privé du professeur Alexander Zaitsev de l’École Supérieure d’Art et de Design Mukhina. Ces expériences l’ont conduit à une compréhension profonde de l’espace pictural – nourrie par l’étude des Anciens Maîtres et des œuvres visionnaires de Pavel Filonov.
« Je passe constamment d’une facette à l’autre de la création », explique-t-il. « En commençant un projet en tant qu’architecte, je peux devenir designer d’intérieur, paysagiste, décorateur, et parfois achever le travail en tant qu’artiste monumental. Le plus important est le contact avec le client et la compréhension de son rêve de ‘paradis’. »
« Pour moi, peindre est une manière de toucher la « terre », la réalité physique à travers les pigments et le pinceau. » - Peter Otlan
Racines russes, souffle européen
Pour Peter Otlan, le passage de l’architecture à la peinture n’est pas une rupture, mais un approfondissement. Un retour au service de la beauté – comprise dans son sens grec, kosmos (κόσμος). « Même avec Khidekel, nous discutions souvent de ce chemin : lui-même avait commencé comme peintre avant de devenir architecte, sans jamais abandonner ses expérimentations avec des compositions géométriques. »
Vivant aujourd’hui à Jūrmala près de Riga, il et sa femme reviennent souvent au Lac de Côme : « Ma femme et moi avons beaucoup voyagé en Italie, et nous sommes arrivés un jour de manière tout à fait inattendue à Côme. Depuis, cet endroit est devenu notre maison. Le lac – connu ici comme Lario – a son propre caractère et une immense puissance de beauté. » L’Italie résonne depuis toujours : « Je suis né dans une ville de mille reflets, parmi lesquels l’Italie était aussi reflétée. Aujourd’hui, je vis simplement près de la source. »
La peinture comme acte de conscience

« Pour moi, peindre est une manière de toucher la ‘terre’, la réalité physique à travers les pigments et le pinceau », dit-il. Chaque tableau devient « le résultat du travail de la conscience au sein de ces cadres illusoires dans lesquels elle est forcée d’exister », une exploration de « la contradiction entre la continuité de l’être et la discrétude de la pensée ».
Il évoque l’influence d’Alexander Cozens et des maîtres chinois comme Guo Xi : « Chaque mouvement du pinceau est un acte de présence au sein du ‘présent vivant’. » Cette méditation sur le geste s’étend à l’inspiration et l’expiration : « Je décrirais mon approche à travers une forme de dualisme : le souffle d’expiration, qui représente l’action dans l’espace, et le souffle d’inspiration, qui représente le silence – l’absence d’action. » Ces deux états « sont comme deux vies vécues par le même être », et derrière eux « la bienveillance ».
Entre métaphysique et matérialité
« L’architecture et la peinture sont des arts plastiques, et ce qui est essentiel en eux, à mon sens, c’est la réalité de l’être », réfléchit-il. Si l’architecture est un dialogue multi‑couches avec le temps et la structure, la peinture offre un contact immédiat avec la matière et la conscience.
Parmi les expositions marquantes, il cite Leonor Fini, Leonor Fini, Leonora Carrington et l’architecte et designer Gae Aulenti : « L’impression la plus puissante m’est venue de Leonora Carrington. » À Vienne, Michaelina Wautier fut une « véritable découverte » : « Il y a dans son œuvre une certaine rigueur strictement féminine qui semble inaccessible aux hommes. »
La peinture comme philosophie

En clôture, Otlan plonge au cœur de son processus : « L’espace-temps surgit continuellement de lui-même, comme s’il apparaissait sans interruption. Pourtant ce processus n’est jamais adéquatement présent dans la conscience humaine… » À travers perception, conscience et illusion de présence, il bâtit un pont entre geste artistique et quête métaphysique. « Pour moi, les pigments sont littéralement la terre. La peinture est la terre elle-même. »
Trait par trait, « coup de pinceau après coup de pinceau », il cherche à « reconstruire l’image d’un présent autrefois vivant ». La peinture « est une tentative de rester en contact avec ce présent vivant que la pensée ne peut jamais atteindre pleinement ».
Le style de Peter Otlan, défini en trois mots saisissants, révèle l’essence de son art : « Un moulage de ma conscience. »
Dans cette veine introspective qui traverse toute son œuvre, il livre un conseil précieux aux jeunes artistes : « N’espérez pas. Assurez-vous d’abord que votre regard est confiant dans la conversation avec le Seigneur. »
Le regard tourné vers l’avenir, il reste ouvert à de nouvelles opportunités pour 2026 : « Je n’ai pas encore reçu d’offres. », et invite les collectionneurs et les galeries à le contacter : « Je suis prêt pour toutes offres sauf les défavorables. »
Découvrez ses œuvres depuis ce lien : Peter Otlan
Pour le contacter, Peter Otlan est joignable sur Instagram : @peter_otlan








