top of page

Entretien exclusif, Julian Conca : quand la direction artistique réconcilie le code et l’intuition

  • Photo du rédacteur: Victoria Di Cala (BC)
    Victoria Di Cala (BC)
  • il y a 4 jours
  • 4 min de lecture
Entretien exclusif, Julian Conca : quand la direction artistique réconcilie le code et l’intuition
Portrait de Julian Conca, directeur artistique argentin et spécialiste du storytelling visuel

“Créer, c’est donner une direction au visible.” Julian Conca


Julian Conca, directeur artistique argentin et spécialiste du storytelling visuel, incarne un profil hybride qui échappe aux classifications. Ingénieur informatique de formation, il grandit pourtant au cœur d’un univers profondément artistique : une mère décoratrice d’intérieur, une tante liée à la haute couture, et une grand-mère parmi les premières entrepreneuses textiles d’Argentine. Très tôt, cette dualité s’impose à lui, entre la rigueur du code et la liberté de la création. "Très jeune, j'ai ressenti cette tension entre le structuré et le créatif. [...] Le véritable tournant est arrivé lorsque j'ai découvert le design graphique comme un espace où il ne s'agissait pas de dessiner, mais de penser des idées."


Autodidacte – histoire de l'art, publicité, audiovisuel, théâtre, mode –, il se forge une pratique transversale. Son déclic ? Un projet en 2018 : "développer la direction artistique pour l'exportation de café de spécialité du Pérou vers la Chine" sans langue commune. "J'ai plongé [...] dans ses codes visuels [...] Cela m'a appris que le rôle du directeur artistique n'est pas de tout savoir, mais d'avoir la capacité de rechercher, d'interpréter et de construire du sens.". Nous l'avons interrogé pour comprendre son métier.


"Créer sans comprendre n’a pas de sens. Chaque projet commence par une phase d’exploration." Julian Conca

Comprendre la direction artistique avec Julian Conca


Entre technologie et sensibilité, structure et intuition, Julian Conca défend une vision de la direction artistique comme un langage global, capable de relier les disciplines, les images et les émotions. Son parcours, nourri autant par l’ingénierie informatique que par un héritage familial artistique, éclaire une pratique où la création ne se limite jamais à l’esthétique : elle devient une manière de penser le monde.

La direction artistique, pour lui, commence bien avant la forme finale. Elle naît d’abord d’un regard, d’une curiosité et d’une capacité à lire un contexte, qu’il s’agisse d’un univers de marque, d’un projet audiovisuel ou d’une identité visuelle à construire. Julian Conca insiste sur cette dimension transversale : un directeur artistique n’est pas un spécialiste isolé, mais une figure de synthèse, chargée d’orchestrer les compétences et de leur donner une cohérence commune.  


Ilustration d'une oeuvre d'un autre auteur. Ph: Pinterest
 Illustration d'une oeuvre d'un autre auteur. Ph; Pinterest
Une idée copiée peut exister, mais une vision personnelle est beaucoup plus difficile à reproduire. Plus un créateur développe une signature forte, plus il devient identifiable.” Julian Conca

Un métier de vision


Dans l’entretien, Julian Conca décrit la direction artistique comme un point de convergence entre couleur, narration, rythme, espace, corps et mise en scène. Cette approche révèle une discipline qui ne consiste pas seulement à “faire beau”, mais à créer du sens. Il compare d’ailleurs le directeur artistique à un médecin généraliste : quelqu’un qui ne remplace pas les spécialistes, mais qui comprend leur rôle et relie leurs expertises pour produire une vision unifiée.

Cette lecture du métier éclaire aussi sa manière d’aborder la création. Pour lui, l’idée n’apparaît pas dans une logique strictement rationnelle ; elle surgit souvent par intuition, observation et mémoire sensible. Une feuille qui tombe, une couleur, une scène fugace peuvent déclencher une direction visuelle. La création devient alors un espace de traduction, où il faut transformer une intention, une émotion ou une personnalité en forme visible.


Références et singularité


L’un des points forts de sa réflexion tient à sa distinction entre inspiration, référence et copie. Julian Conca rappelle que la référence est indispensable, mais qu’elle ne doit jamais se substituer à une vision personnelle. Ce qui distingue une vraie démarche créative d’une simple reproduction, selon lui, c’est la transformation : reprendre un élément, le comprendre, puis le réinterpréter dans un autre contexte.

Cette idée traverse aussi sa réflexion sur l’originalité. Dans un univers saturé d’images, il ne considère pas que l’originalité ait disparu ; il estime plutôt qu’elle est plus difficile à reconnaître, et surtout à produire. La standardisation des codes visuels, renforcée par les outils numériques et l’intelligence artificielle, impose selon lui un effort supplémentaire de recul, d’analyse et de singularité.


N’ayez pas peur d’être différent. La création implique une prise de position. Elle demande du courage, parce qu’elle expose. Mais c’est justement cette différence qui construit une trajectoire.” Julian Conca

Créer avec responsabilité


Au-delà de l’esthétique, Julian Conca replace la direction artistique dans un cadre éthique. La question de la propriété intellectuelle occupe une place centrale dans son discours, notamment à l’heure où les images circulent sans limite sur les réseaux sociaux et où les outils d’IA brouillent davantage les frontières entre création, reproduction et appropriation. Pour lui, le respect du travail d’autrui passe autant par la mention de l’auteur que par la qualité de sa propre méthode de travail.

Cette vigilance s’accompagne d’une autre conviction : la meilleure protection d’un créateur reste son identité. Plus une vision est forte, cohérente et reconnaissable, plus elle résiste à la copie. Julian Conca défend ainsi une direction artistique qui ne se réduit pas à des tendances, mais qui construit une signature, une lecture du monde et une manière d’habiter les images.


Une discipline en mouvement


À travers cet entretien, Julian Conca dessine le portrait d’une direction artistique en transformation permanente. Son avenir, selon lui, sera marqué par l’essor de la technologie, l’immersion visuelle et l’intelligence artificielle, mais aussi par un risque croissant d’uniformisation. Dans ce paysage, la vraie différence viendra moins de l’outil que de la sensibilité de celui qui le manie.


Son propos rappelle enfin que la direction artistique n’est pas seulement un métier d’exécution, mais une posture intellectuelle. Elle demande de regarder, de comprendre, de relier, puis d’ordonner. 


Chez Julian Conca, cette exigence prend la forme d’une conviction simple : créer, c’est donner une direction au visible.


© Copyright

À la Une

ETUU

©2035 Etuu

bottom of page