Entretien exclusif : Philippe Brieallard, un écrivain indépendant à la plume sensible et envoûtante
- Cassandre Parent

- 6 mai
- 7 min de lecture
Philippe Brieallard, portrait et présentation de ses deux ouvrages.
Philippe Brieallard est un amoureux de la littérature depuis toujours. À 56 ans il décide de sauter le pas et publie son premier livre. Salués par la critique, ses deux romans auto-édités sont le reflet de sa personnalité : profondément humains et dotés d’une grande sensibilité.
Né en 1967 aux Batignolles à Paris, Philippe Brieallard jouit d’une enfance heureuse aux côtés de ses parents. Son père est un entrepreneur autodidacte tandis que sa mère est une employée de banque. C’est avec cette personnalité intuitive, héritée de son père, qu’il se lance dans le monde du travail à l’âge de 17 ans. Il lui suffit de quelques années pour monter ses propres entreprises dans lesquelles il s’investit corps et âme. Mais c’est un drame personnel qui va lui ouvrir les portes de l’écriture. Depuis, Philippe Brieallard trace son chemin dans le monde littéraire.
L’écriture, une histoire de vie
Quand on demande à Philippe Brieallard l’évènement qui a allumé cette étincelle créative en lui, il nous répond sans détour : « le décès de mon père ». Il a alors 24 ans, et la disparition de cet homme, qui incarnait pour lui un « véritable socle », le bouleverse. Au lieu de se muer dans le silence du deuil, une pulsion lui prend, comme un nouveau souffle de vie. Il nous raconte, « À partir de là, tout de suite, j'ai eu envie d'écrire. J'avais surtout besoin d'écrire sur lui ».
Mais trop occupé à cause de son agenda d’entrepreneur, il ne peut se consacrer pleinement à cette envie « Je n'avais pas le temps de le faire. Et ça a été remisé dans les placards de la vie », nous indique-t-il la voix empreinte de regret. Sous les airs d’une seconde chance, un autre épisode le marque profondément, et cette fois-ci il ne laisse pas l’occasion passer. « Il y a environ trois ou quatre ans, j’avais 56 ans, j'ai vécu à nouveau un évènement marquant. Et à partir de là, je me suis dit : « Je vais écrire ».
L’art de raconter les sens
Le processus créatif de Philippe Brieallard se résume, d’après lui, à ce mot : instinct. Il fait du monde qui l’entoure son terrain de jeu. Grand observateur, c’est à travers ses sens qu’il puise son inspiration. Il nous explique : « Parfois, c'est une idée qui me vient comme ça, ça peut être quelque chose croisé dans la rue, quelque chose que j'ai entendu à la télé. Je ne suis pas quelqu'un d'extrêmement tourmenté ou marqué par quelque chose, et qui va écrire à longueur de temps là-dessus. »
Philippe Brieallard n’a pas de routine d’écriture stricte. Son imagination ne se met pas uniquement en marche une fois assis à son bureau. Il pense, retravaille et affine ses idées en permanence, jusque dans les confins du monde onirique : « Il peut m'arriver de me réveiller la nuit, d’avoir une idée fulgurante que je ne suis pas du tout sûr de retrouver au petit matin. Je vais sur mon enregistreur de téléphone posé sur ma table de nuit et je m’enregistre pour me parler de telle idée, tel thème ».
Sa plume envoûtante qui immerge le lecteur dans l’univers dépeint par ses romans, il la doit notamment à Émile Zola, un de ses auteurs préférés : « Je suis un fou de Zola », nous confie-t-il. Connu pour ses descriptions détaillées s’étalant sur des dizaines de pages, l’auteur du XIXᵉ siècle ne laissait aucun détail au hasard.
Une vision partagée par Philippe Brieallard, « si je pouvais, je pourrais décrire quelque chose pendant 20 pages. Le Baiser du Prodige, par exemple, j'en ai écrit une partie en Égypte. J'étais à la terrasse d’un hôtel à Assouan, et je regardais le Nil. J'aurais pu écrire durant des heures sur les sinuosités fluviatiles du Nil. », il ajoute avec un grand sourire : « En revanche, il est évident qu'il ne faut pas en mettre des tonnes. »
Le Baiser du Prodige, un thriller qui puise sa source dans une histoire vraie tout en reflétant l’univers de son auteur
Le premier roman de Philippe Brieallard, Le Baiser du Prodige, est un thriller paru en 2024 qui plonge le lecteur dans les milieux de l’art et de la musique à travers son protagoniste, Hugo, un jeune adolescent malmené par ses semblables. Le garçon s’isole alors et mène une vie de reclus. Sa vie bascule lorsqu’il croise la route de monsieur Raymond, vieil esthète passionné comme lui de piano et d’impressionnisme.
Philippe Brieallard déploie avec ce roman sa plume et son appartenance à cette catégorie d’écrivains qui racontent les autres avant de se raconter. Non par omission, mais parce qu’il n’en ressent pas le besoin. Ainsi, il tisse l’histoire de son jeune prodige à partir d’une histoire vraie. « J’ai connu une femme qui avait deux enfants. Et l'un d’eux m'a un jour dit qu'il avait été harcelé quand il était petit. Je l'ai écouté, il m’a dit qu’il était musicien, qu’il faisait du rap. Et je me suis dit, tiens, que se serait-il passé s’il avait eu quelque chose d'assez noir en lui ? »
« Et si cette personne avait rencontré une personne solitaire comme lui, qui avait eu également quelque chose de très noir en lui, et qui, à un moment donné, parce qu'ils seraient devenus amis, lui aurait proposé de lui enseigner une passion un peu sombre. »
Il conclut : « Voilà, j'ai débobiné un fil à partir de cette personne qui fait du rap et j'en ai fait un pianiste. J'ai inventé qu'il adorait Les Nymphéas de Monet, parce que j'adore moi-même ce tableau. Tout ça, c’est assez simple, cela part de choses qui ne sont pas très alambiquées. »
King(s), une fiction sur les liens indéfectibles
Chaque auteur écrit pour une raison : recherche de catharsis, observation et critique du monde, exploration des limites de la littérature. Philippe Brieallard dans son roman King(s), a décidé d’écrire pour se faire plaisir et surtout pour rendre hommage à ce chanteur qu’il affectionne tant. Il nous le confie, « je suis un inconditionnel de Presley. Je l’ai découvert quand j’avais dix ans. » Il complète : « j'aime sa musique, j'aime son histoire, c'est un homme doué d'une grande humanité. J'avais envie d'écrire sur lui. »
Au lieu d’écrire une énième biographie sur le chanteur, il a une idée : lui inventer un frère. Encore une fois à partir d’un évènement bien réel. « Il a eu un jumeau mort-né, sauf que c'est amené autrement dans ce roman. » En effet, Philippe Brieallard lui donne vie à travers cette fiction. Né à quelques minutes d’intervalle, Eugène n’est pas comme son frère, constamment dans sa bulle, il est différent, plus lent.
À travers sa plume sensible, Philippe Brieallard tisse des liens indéfectibles entre les deux frères, non sans rappeler son propre lien affectif pour le chanteur, son King à lui. L’ambivalence du titre rappelle cet amour profond que les deux frères ressentent l’un pour l’autre : « Presley, puisqu'on le surnommait comme ça, [le King] et ce frère de cœur, Eugène, qui est lui son roi à lui. Il y a donc deux rois, Presley et Eugène. », nous explique-t-il.
Plus qu’une dédicace, ce roman montre l’étendue de la palette littéraire de Philippe Brieallard, capable de passer d’un thriller psychologique à une fiction sur le roi du Rock and Roll.
Un écho personnel à la vie de Philippe Brieallard
ETUU : Parmi vos deux livres, quelle est la phrase ou la scène qui révèle le plus votre profondeur intérieure ? Pourquoi ?
Philippe Brieallard : « Dans King(s), Presley va dire à un moment donné, « moi, on me surnomme le roi depuis toujours mais sachez que mon roi, j'en ai un et c'est pour moi le meilleur. » Et là, il évoque la personne la plus inconnue pour le monde, son frère.
J’ai un énorme respect pour les inconnus qui ont une espèce de don, que ce soit un don du cœur ou autre.
Par exemple, j'ai une personne dans ma vie qui a vécu un drame qui aurait pu lui coûter la vie quand elle était assez jeune. Et cette personne, comme quelqu'un qui a une corde sans nœud, a su remonter à la surface, à la force des bras.
J'ai aussi une profonde admiration pour les inconnus du quotidien qui font des choses absolument merveilleuses, parfois simplement avec leur cœur ou avec leur générosité d’esprit.
Et puis, à titre personnel, j’ai plusieurs rois : mes enfants ; la personne avec qui je vis ma vie ; et mon père qui était pour moi le roi incontesté. »
L’auto-édition, la solution de l’indépendance littéraire
Chaque année, des centaines de milliers d’auteurs soumettent leur manuscrit aux maisons d’édition, mais seulement une poignée verront leur livre publié. Philippe Brieallard a tenté l’expérience sans jamais recevoir de réponse. C’est alors qu’il découvre une autre voie : l’auto-édition. C’est grâce à la plateforme Librinova que ces deux romans ont pu être édités et rendus accessibles à la vente dans de nombreuses librairies. Relecture, impression, promotion, le plus gros du travail reste néanmoins à la charge de l’auteur.
Mais grâce à son parcours d’entrepreneur, d’imprimeur et à son courage, Philippe Brieallard voit surtout des avantages à cette indépendance. « Je suis imprimeur, donc je sais comment imprimer les romans à bon prix. Je suis également un entrepreneur, j'ai l'habitude de faire les choses par moi-même. » Il rajoute : « C'est un peu comme un chef d'entreprise qui passe aussi un coup de balai le soir avant de partir et qui vérifie si la lumière est éteinte. On fait tout de A à Z entièrement. Donc, oui, c'est une liberté totale et en même temps, c'est une contrainte. »
Malgré les idées reçues, sur l’aspect financier, Philippe Brieallard nous l’assure : « On peut très bien vivre de l’auto-édition. »
Un parcours littéraire tout juste amorcé
Interrogé sur ses projets à venir, Philippe Brieallard nous déclare : « Mes projets à venir, c'est écrire, écrire, et écrire. » Il complète : « J'ai trois autres romans qui sont écrits et qui dorment dans des tiroirs. Il y en a un qui va sans doute bientôt sortir. »
Quant à sa vision en tant qu’auteur indépendant dans l’univers littéraire, il reste fidèle à lui-même, profondément humble : « Franchement, je n'en sais rien, parce que je suis tellement un petit rien, une petite poussière dans l'univers de ce métier »
Son mot pour la fin : « C’est presque toujours le même » nous indique-t-il, sourire aux lèvres : un grand merci aux anonymes du quotidien, anonymes que je suis aussi, parce que le jour où ils décident de pousser la porte d’une librairie dans laquelle je dédicace, je rencontre des gens extraordinaires. »
À contre-courant des trajectoires littéraires classiques, Philippe Brieallard avance librement, porté par l’instinct et l’indépendance. Une voix singulière, sensible et profondément incarnée.
Les romans de Philippe Brieallard sont disponibles sur son site internet, dans les grandes surfaces et dans plus de 5 000 librairies en France. Ils peuvent également être commandés dédicacés via son site internet, en cliquant ICI.














