Interview Exclusive avec le Dr Lalanne - Le PRP : promesse régénérative ou simple effet de mode ?
- Victoria Di Cala (BC)

- il y a 5 heures
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Une interview exclusive réalisée en présentiel par ETUU, consacrée au PRP (plasma riche en plaquettes), avec le Dr Bruno Lalanne.
Rencontre avec le Dr Lalanne, chirurgien plasticien et esthétique.
Le PRP — plasma riche en plaquettes — s’impose depuis quelques années comme l’un des protocoles les plus fascinants de la régénération naturelle des tissus. Popularisé sous le terme accrocheur de Vampire Lift, il intrigue autant qu’il divise. Miracle de biologie ou mirage marketing ? Pour clarifier les enjeux, nous avons rencontré le Dr Lalanne, chirurgien plasticien et reconstructeur à l’hôpital Saint‑Louis de Paris, spécialiste du traitement chirurgical des brûlés et des techniques esthétiques dites “régénératives”. Le Dr Lalanne démêle le vrai marketing autour du PRP. Entre espoir scientifique, cadre réglementaire strict et attentes réalistes, il éclaire cette technique avec précision, nuance et expertise.
« Le PRP n’est pas une technique miracle : il améliore la qualité de la peau, pas le relâchement. C’est un outil complémentaire, pas un substitut à la chirurgie. » Dr. Bruno Lalanne
ETUU - Qu’est‑ce que le PRP ?
Dr Bruno Lalanne :
« Le PRP, ou plasma riche en plaquettes, est un concentré obtenu à partir du propre sang du patient. On parle de sang autologue, puisqu’il lui appartient. Après un simple prélèvement, le sang est centrifugé pour isoler la partie liquide, le plasma, dans laquelle se trouvent des plaquettes. Celles-ci renferment une forte concentration de facteurs de croissance, qui, une fois activés, présentent un intérêt à la fois thérapeutique et esthétique. »
ETUU - Comment ces facteurs agissent‑ils sur la peau ?
Dr Bruno Lalanne :
« Les facteurs de croissance libérés par les plaquettes sont des signaux qui déclenchent une réparation tissulaire. Les cellules clés impliquées sont les fibroblastes, producteurs de collagène — notamment les collagènes de type 1 et 3, essentiels à la souplesse, la densité et l’élasticité des tissus. »
ETUU - « Vampire Lift ? Du pur marketing »
Toutes les variantes se valent-elles ?
Dr Bruno Lalanne :
« Certains ont le talent pour inventer des mots qui peuvent effrayer ou faire rêver. Le principe, en réalité, c’est simplement du sang. La difficulté du PRP, c’est d’obtenir des plaquettes enrichies en facteurs de croissance avec des techniques reproductibles. Certaines études montrent des résultats très encourageants, d’autres beaucoup plus réservés. »
« Si un patient est hésitant, je lui conseille de ne pas le faire. » Dr. Bruno Lalanne
ETUU - À qui s’adresse le PRP ?
Dr Bruno Lalanne :
« Comme toujours en médecine, il faut sélectionner les patients. Il est évident que si l’on présente des maladies infectieuses, auto‑immunes, ou une grossesse, la technique est contre‑indiquée. »
Dr Bruno Lalanne :
« Les meilleurs résultats sont observés chez des patients au début du vieillissement, quand la peau commence à se relâcher. Sur un vieillissement plus avancé, les effets sont modérés, parfois peu visibles. On l’utilise surtout sur le visage, les mains, le décolleté, et aussi pour stimuler la repousse des cheveux. »
Un protocole minutieux
Dr Bruno Lalanne :
« On prélève 10 à 20 ml de sang, puis on centrifuge à environ 1 500 – 3 000 tours/minute pendant 5 à 10 minutes. On récupère la fraction où se trouve le plasma enrichi en plaquettes, puis on réinjecte dans les zones ciblées, à l’aide d’aiguilles très fines. »
ETUU - Quels résultats espérer ?
Dr Bruno Lalanne :
« Il n’y a pas de résultat immédiat. Les premiers effets apparaissent au bout d’un mois, s’intensifient sur trois mois et durent entre six et douze mois. »
Dr Bruno Lalanne :
« Mais cette technique ne remplace pas la chirurgie. Elle améliore la texture et la qualité de la peau, elle ne retend pas les tissus. »
ETUU - Le PRP est‑il autorisé ?
Dr Bruno Lalanne :
« Ce n’est pas interdit en France, mais c’est strictement encadré. C’est un produit sanguin, manipulé dans des structures agréées : hôpitaux ou cliniques autorisées. Le cabinet libéral standard ne rentre pas dans ce cadre. »
Une efficacité encore en débat
Dr Bruno Lalanne :
« Il est difficile de prouver scientifiquement l’efficacité réelle du PRP. Certaines études sont prometteuses, d’autres beaucoup moins. Les retours diffèrent selon les praticiens, les patients et la qualité des protocoles. »
ETUU - S’il y a hésitation…
Dr Bruno Lalanne :
« Si un patient est hésitant, je lui conseille de ne pas le faire. Quand on est dans le doute, ce n’est pas le bon moment. Mieux vaut prendre le temps, consulter deux praticiens, confronter les avis. »
ETUU - PRP, crèmes anti‑âge, croyances…
Dr Bruno Lalanne :
« Je ne sais pas si les crèmes rivalisent avec le PRP, puisqu’on ne sait pas encore si lui‑même est réellement efficace. Le plus important, c’est d’hydrater la peau et d’éviter le soleil, responsable d’un vieillissement prématuré. »
Dr Bruno Lalanne :
« L’évaluation reste complexe. Certains patients sont ravis sans qu’on voie de différence flagrante, d’autres déçus malgré une amélioration réelle. »
ETUU - Pourquoi une telle discrétion autour du PRP ?
Dr Bruno Lalanne :
« Beaucoup de patients ne parlent pas de leurs gestes esthétiques – par pudeur ou peur d’être jugés. Le PRP ne fait pas exception. »
Une médecine complémentaire
ETUU - Transfusions familiales “anti‑âge” : mythe ou réalité ?
Dr Bruno Lalanne :
« Je ne les recommanderai pas. À ma connaissance, aucune étude ne prouve que les transfusions de sang entre sujets sains améliorent la vitalité. On tombe vite dans la science-fiction et la croyance. »
Dr Bruno Lalanne :
« Le PRP n’est pas une panacée, mais un outil complémentaire. La médecine et la chirurgie esthétique ne sont pas en compétition : chacune répond à des indications différentes. Si demain une technique non invasive offre les mêmes résultats qu’un bistouri, évidemment que nous la choisirons. »














