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Interview avec Jonathan Hayoun : le cinéma indépendant face aux blockbusters

  • Photo du rédacteur: Victoria Di Cala (BD)
    Victoria Di Cala (BD)
  • 2 mars
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 10 mars


Interview - Jonathan Hayoun : le cinéma indépendant face aux blockbusters
Rachel Weisz dans Agora, 2009

Et si le vrai cinéma se jouait à l’écart des studios ? Face à l’hégémonie des superproductions, le cinéma indépendant affirme sa liberté artistique et son ancrage dans le réel. Mais savons-nous vraiment ce qu’est un film indé ? Analyse d’un modèle essentiel.


Le cinéma indépendant représente une quête essentielle de liberté artistique, à l’écart des mécanismes industriels des productions à gros budget. Ses origines, ses ambitions et ses caractéristiques en font un reflet précieux de notre époque,  éclairé plus loin par la citation de Marina Fosse et nos échanges exclusifs avec Jonathan Hayoun, auteur, réalisateur et essayiste français.


Jonathan Hayoun, réalisateur
Jonathan Hayoun, auteur-réalisateur de "Sauver Auschwitz", à retrouver en cliquant ici
Origines du cinéma indépendant

Dès les années 1950 et 1960, des cinéastes ont cherché à se libérer des studios hollywoodiens dominants, à l’image des pionniers de la Nouvelle Vague française. Ces films naissent de budgets modestes, soutenus par des aides publiques ou des coproductions internationales, dans un écosystème distinct des circuits traditionnels. Jonathan Hayoun, auteur, réalisateur et essayiste français, l’exprime avec précision lors d’un échange exclusif pour ETUU : « dans le cinéma indépendant, il y a une notion d’artisanat qui diffère des blockbusters », marquée par des tournages où « une personne peut assumer plusieurs tâches » rajoute-t-il, et des décors puisés dans le réel, transformant ainsi les contraintes en source de création.


Les objectifs et les particularités

L’objectif principal réside dans un regard d’auteur authentique, explorant des thèmes intimes, sociaux ou expérimentaux souvent négligés par le cinéma mainstream. Ces œuvres privilégient la profondeur, la lenteur contemplative et les silences significatifs. Marina Fosse, réalisatrice, le résumait en 2020 dans une interview pour actu.fr : « le cinéma indépendant offre un témoignage de notre société ». Jonathan Hayoun, quant à lui précise : « le film indépendant offre une plus grande liberté que les blockbusters », car « il n'y a que les grosses productions qui obéissent entièrement à ces logiques » de rentabilité et de formatage.


Quelles différences avec les blockbusters 

Les blockbusters mobilisent des investissements massifs, des distributions internationales et des effets spéciaux, dans une logique de rentabilité globale. L’indépendant s’appuie sur un artisanat rigoureux, abordant précarité sociale ou récits minoritaires : « la difficulté, c’est parfois le temps long entre production et diffusion, et l'écart entre l'écriture initiale et le rendu final », avait-il souligné, une tension qui forge une liberté conquise face aux standards commerciaux.


Cannes et les films indés

Le Festival de Cannes valorise ces productions via sa sélection officielle et des sections comme Un Certain Regard, conférant visibilité et crédibilité à des œuvres modestes. En 2025, Sirât d’Óliver Laxe s’y est distingué : un père et son fils traversent un désert hostile à la recherche d’un disparu, un voyage physique devenant spirituel, affrontant limites, foi et silence – une radicalisation du cinéma contemplatif en leçon magistrale de lenteur sensorielle.


Pourquoi s’y intéresser

S’intéresser au cinéma indépendant, c’est favoriser une diversité narrative qui éclaire notre monde avec nuance, loin des schémas formatés. Il propose une temporalité singulière, des émotions authentiques et des perspectives oubliées.


Faites-vous votre propre avis !

Quatre œuvres récentes incarnent cette vitalité :


  • Furcy, né libre d’Abd Al Malik, sorti le 14 janvier dernier. Cette fresque historique suit un esclave mauricien du XIXe siècle dans son combat juridique pour reconquérir sa liberté, un récit poignant qui exhume une page méconnue de l’histoire coloniale.


  • Father Mother Sister Brother de Jim Jarmusch, à l’affiche depuis début janvier. Le maître de l’indépendant américain signe des portraits familiaux intimistes, tissés de non-dits et d’instants suspendus, dans un style épuré qui capture l’essence des liens humains.


  • Ma Frère de Lise Akoka et Romane Gueret, également en salles depuis début janvier. Ce drame sensible explore l’amitié entre deux adolescents aux mondes sociaux opposés, portée par des jeunes acteurs naturels qui insufflent une vérité brute au récit.


  • Qui brille au combat de Joséphine Japy, premier film disponible depuis fin décembre. À travers les luttes personnelles et collectives d’une génération, cette œuvre sincère du premier long-métrage offre un miroir sans concession de notre époque contemporaine.


Reste à savoir quels films seront sélectionnés au Festival de Cannes, du 12 au 23 mai prochain.


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