Interview Exclusive, Rina d’Automobili Mignatta : l’Italienne qui fait renaître le plaisir pur de conduire
- Victoria Di Cala (BC)

- 17 juin
- 17 min de lecture

Après avoir dévoilé Rina, sa première création, Automobili Mignatta a accordé une interview exclusive à ETUU. Dans un monde automobile dominé par la technologie et la performance chiffrée, la marque italienne prend le contre-pied avec une barquette radicale pensée comme une ode à la conduite pure. Entre artisanat d’exception et philosophie sans compromis, rencontre avec ses fondateurs, Josè Mignatta et Nunzio Annunziata.
« Rina est infiniment plus qu’une automobile, c’est l’automobile « sur mesure » née pour émouvoir. » - Josè Mignatta
Imaginez une voiture qui s’affranchit des écrans omniprésents, des moteurs aseptisés et des technologies envahissantes. Voici Rina, la création d’Automobili Mignatta, jeune marque italienne du Piémont fondée par Josè Mignatta – expert en matériaux composites, fournisseur du monde aéronautique via ses ateliers JM – et secondé par Nunzio Annunziata, directeur de la stratégie et des relations commerciales.
Dévoilée à Paris en 2026 lors de l’Ultimate Supercar Garage, Rina répond à une “frustration” profondément ressentie : les voitures modernes, trop filtrées, “trop intelligentes”, ont souvent “perdu l’âme” vibrante de la conduite.
À l’intérieur, des boutons en métal froid au toucher, un cuir fin façonné par des maîtres selliers qui embaume l’habitacle, et le vent qui caresse le visage en toute liberté. Le moteur, un V8 américain de 460 chevaux porté à environ 500 chevaux, est placé à l'avant et entraîne les roues arrière ; l'ensemble repose sur un châssis ultraléger en fibre de carbone, fruit de 27 années d'expertise, qui ramènerait le poids total estimé de la voiture à environ 1 000 kg. La boîte de vitesses se manœuvre à la main, avec une poignée composée de 25 couches de carbone – symbole de 25 ans d’expertise.
Le prix de départ s’élève à 290 000 euros hors taxes, hors options et personnalisations, incluant notamment des sessions exclusives avec le designer lui-même.
Finalisé dans la discrétion des ateliers en 2025, le projet entre cette année dans une phase d’homologation fine, axée sur le comportement et la sonorité. Les premiers essais routiers sont prévus pour la fin du printemps, et l’ouverture du showroom-usine interviendra fin 2026. La commercialisation sera volontairement confidentielle, menée à huis clos depuis leur atelier piémontais, avec un accès exclusif à un club privé réservé aux propriétaires.
Rina privilégie dans un premier temps la France – pour son art de vivre –, l’Italie natale, le Moyen-Orient et les États-Unis (Floride, Californie). Une œuvre mécanique pour les amateurs de Ferrari ou Lamborghini en quête d’une pièce unique, développée en étroite collaboration avec ses artisans dans une véritable expérience de co-création.
ETUU a eu le privilège de s’entretenir en exclusivité avec Josè Mignatta et Nunzio Annunziata afin de retracer leur parcours, des ateliers JM à la genèse de Rina, et de révéler aux lecteurs les secrets d’une véritable automobile d’exception.
« Nous avons décidé de ne plus être les gardiens des rêves d’autrui, mais les architectes des nôtres. » - Josè Mignatta
La naissance d’une marque de voitures artisanale

ETUU : Avant Rina, il y a eu Josè Mignatta et des années de travail au cœur de la fibre de carbone. Comment est née votre passion pour ce matériau, et à quel moment avez‑vous compris qu’il pouvait devenir la fondation d’une marque automobile autonome ?
Josè Mignatta : Notre maîtrise a des racines profondes et particulièrement « exigeantes ». Nous avons commencé à travailler ces matériaux dans le domaine aéronautique, en exaltant leurs caractéristiques techniques et en apprenant à obtenir des pièces d’une extraordinaire légèreté et d’une tenue structurelle remarquable. Seul un contrôle absolu de la matière permet de défier la gravité.
Au fil des années, nous nous sommes progressivement tournés vers le monde automobile, où l’aspect esthétique prend une importance capitale. En conjuguant ces deux expériences, le désir d’exprimer notre idée de voiture et, surtout, la passion et l’amour qui nous animent depuis plus de vingt-cinq ans, nous avons donné naissance à Automobili Mignatta, une évolution naturelle de notre savoir-faire. Ce fut le moment où nous avons décidé de ne plus être les gardiens des rêves d’autrui, mais les architectes des nôtres, et de ceux de tant d’autres passionnés qui ne trouvent pas la réponse « juste » dans l’offre automobile actuelle.
Avec cette genèse, Josè Mignatta trace déjà les contours d’une philosophie : sortir des ombres techniques pour signer ses propres rêves mécaniques.
ETUU : Quel a été le déclic concret — un client, une rencontre, une frustration face à l’offre existante — qui vous a poussés à créer Automobili Mignatta, plutôt que de rester de simples partenaires techniques pour d’autres constructeurs ?
Nunzio Annunziata : Automobili Mignatta naît d’une pure et viscérale « frustration ». Un sentiment partagé par les véritables passionnés dans un paysage automobile moderne devenu toujours plus rapide et intelligent, mais inexorablement distant de l’âme palpitante de la conduite. Nous avons choisi de créer l’antidote à cette anesthésie sensorielle, en nous consacrant à la réalisation d’une œuvre automobile dédiée au « plaisir » d’un produit à quatre roues dans le pur style italien, en célébrant les années 60 et la « dolce vita ».
Josè Mignatta : Le véritable élément catalyseur a été la consolidation d’une idée commune au sein d’une équipe formée au fil de ces années. Une équipe capable d’unir des compétences acquises dans des environnements différents, tout en gardant le regard tourné vers l’avenir. L’atelier JM continue de soutenir ses clients, producteurs de voitures d’égal prestige, avec un grand respect. Avec eux, nous avons parcouru un chemin de croissance : nous n’avons jamais été de simples exécutants, nous avons apporté une contribution importante à l’évolution de leurs produits.
« Rina » est le diminutif du nom d’une femme… – ma grand-mère Caterina. » - Josè Mignatta
ETUU : Nunzio, en repensant aux premiers croquis et à l’atmosphère qui régnait dans l’atelier, qu’est‑ce que vous vouliez absolument éviter de reprendre des grandes marques établies ?
Nunzio Annunziata : Nous voulions fuir la « dictature » des chiffres et des algorithmes. Nous avons observé une volonté commune de créer une voiture qui refuse catégoriquement de suivre les influences « numériques ». Rina ose, elle, parler le langage de l’authenticité, du haut savoir-faire artisanal et de la pureté de la conduite sans filtres. La connexion humaine est au centre de l’expérience conçue par Rina.
Les célèbres « grandes marques » du luxe automobile construisent aujourd’hui des systèmes informatiques complexes sur quatre roues, avec une série de filtres qu’un puriste de la conduite voudrait éliminer. En premier lieu, la boîte de vitesses désormais « forcée » en automatique. Nous nous sommes trop souvent retrouvés assis dans une voiture exotique avec la volonté de la « vivre » sans filtres. Rina naît pour offrir à l’utilisateur un habitacle qui n’est pas une salle de contrôle froide, mais la scène d’une émotion brute et profondément personnelle – essentielle et efficace.
ETUU : Le nom Mignatta, puis celui de Rina : qu’est‑ce qu’ils disent de votre identité, de votre culture et de ce que vous voulez transmettre à travers cette voiture ?
Josè Mignatta : J’ai voulu mettre mon nom de famille comme nom de la marque pour souligner l’importance de la figure de l’artisan et de ses collaborateurs. L’artisan qui, avec une dévotion absolue, construit à la main la voiture de ses rêves, sans se cacher derrière un nom « fabriqué » – ce serait un approche trop « détachée », pour la philosophie d’atelier que nous poursuivons.
Le nom « Rina », lui, a une raison d’être très romantique et intime. « Rina » est le diminutif du nom d’une femme qui, en ces années-là, a joué le rôle d’une véritable actrice dans la reconstruction de ce splendide territoire dans l’après-guerre – ma grand-mère Caterina. Ce nom, qui puise d’ailleurs ses racines dans la terminologie grecque signifiant la pureté, est un hommage à une élégance intemporelle et à la force la plus authentique de l’Italie qui a su être grande.
« Nous avons choisi de créer l’antidote à cette anesthésie sensorielle. » - Nunzio Annunziata
L'ADN profond d'Automobili Mignatta
ETUU : Si vous deviez résumer Automobili Mignatta en une phrase, que diriez-vous : un atelier de haute couture automobile, un laboratoire d’ingénieurs, ou un véritable carrossier moderne ?
Josè Mignatta : Automobili Mignatta est une maison de haute couture mécanique – où le luxe n’est pas seulement « opulence », mais l’âme vibrante de la matière, et le lien viscéral entre l’homme et la machine. Automobili Mignatta exauce le désir irrépressible d’un retour à la pureté dans un paysage automobile « pollué » et artificiel. Automobili Mignatta exprime la volonté d’un sentiment lié à une automobile, et le besoin de créer une véritable connexion émotionnelle avec « elle ».
ETUU : Votre cœur battant reste la monocoque en carbone réalisée en interne. Comment cette maîtrise totale des composites vous permet‑elle de franchir des seuils que d’autres jugeraient trop risqués ou coûteux ?
Josè Mignatta : Réaliser une monocoque en fibre de carbone est une entreprise plutôt complexe, qui exige une expérience magistrale. Innombrables sont les calculs structuraux qui en valident la performance absolue – mais les calculs ne sont pas tout, il faut une expérience « pratique » pour atteindre le niveau de confiance nécessaire afin de savoir que tout ira dans le bon sens.
À la suite d’affinements continus, fruits de tests répétés, le résultat actuel est d’une qualité d’ingénierie remarquable. Être « maîtres » de la matière première confère à Automobili Mignatta le privilège d’une indépendance absolue – ce qui est une réalité absolument compétitive et, surtout, objectivement intéressante dans le paysage actuel des petits constructeurs de voitures exotiques.
L’un de nos objectifs secondaires, précisément sur la base de notre solide expérience dans la fabrication de matériaux composites, est de fournir une plateforme de départ pour des projets même extérieurs à notre marque : une monocoque disponible pour des voitures spéciales. L’atelier JM est né aussi pour offrir une opportunité réelle à d’autres constructeurs de niche qui veulent se lancer dans ce splendide monde.
ETUU : Vous faites votre entrée dans un segment déjà dominé par des acteurs ultra‑exclusifs. Selon vous, qu’est‑ce qui manquait à ce paysage avant l’arrivée de Rina ?
Josè Mignatta : Il manquait le « courage ». Le courage de se relier vraiment à une voiture qui soit l’expression de la pureté, avec la pleine conscience de s’asseoir dans un objet d’une élevée valeur esthétique. Dans un marché obsédé par les chiffres, il manquait une automobile née pour le pur plaisir d’enthousiasmer celui qui est au volant. Cela ne signifie pas que les données de Rina ne sont pas intéressantes, loin de là. Mais ce n’est pas le propos. Le propos est un retour conscient aux émotions les plus pures.
« Automobili Mignatta est une maison de haute couture mécanique – où le luxe n’est pas simple « opulence », mais l’âme vibrante de la matière. » - Josè Mignatta
Rina : quand le design devient manifeste
ETUU : Rina est une barquette radicale, sans toit ni pare‑brise, aux proportions classiques mais aux lignes tendues. Quel était le brief initial donné au designer : une voiture conçue pour la conduite, pour la contemplation, ou pour les deux ?
Josè Mignatta : La genèse du projet a été presque une provocation : quelle forme prendrait une barquette italienne moderne si l’objectif était la « pureté » des lignes ? Eh bien, ce serait précisément « Rina ». Dans le brief initial au designer, l’équipe a déclaré la volonté d’avoir une voiture qui semble une sculpture modelée par le vent et l’instinct – un objet de désir conçu pour enchanter dans les concours d’élégance, mais qui révèle son authentique et sauvage vocation seulement quand le paysage « s’estompe » sur les côtés du conducteur.
ETUU : Les allusions aux sportives d’autrefois sont évidentes, mais la sculpture de la carrosserie, toute en carbone renforcé de Kevlar, reste très actuelle. Quelles icônes vous ont inspiré, et comment avez‑vous évité le piège du « néo‑rétro » facile ?
Josè Mignatta : Nous n’avons pas voulu rendre un hommage évident à des voitures « particulières » du passé, mais à une mémoire partagée, génératrice d’un plaisir certain pour le véritable passionné. La référence est clairement aux années 60, encore une fois. Des années où le design était pure séduction. Des lignes décidées, mais douces. Quand la conduite était « ressentie », non « quantifiée ».
Le piège du simple « néo-rétro » a été difficile à éviter, en partant de ces présupposés. La philosophie de base est importante : rejeter toute forme de nostalgie artificielle – Rina est toute « substance ». Les proportions sont nées d’une mémoire visuelle partagée du goût absolu, le tout enveloppé par la splendide contemporanéité de la fibre de carbone. Et à propos de la fibre de carbone : elle peut être « apparente », sur demande, et même sa trame est personnalisable – en chaque partie, esthétique comme structurelle.
ETUU : À l’intérieur, vous avez choisi l’épuration : peu d’écrans, beaucoup de commandes tactiles, et un contact direct avec les éléments. Quelle expérience sensorielle vouliez‑vous offrir au pilote et au passager ?
Nunzio Annunziata : L’expérience sensorielle est le point clé absolu. On ressent toujours une merveilleuse et enivrante sensation en s’asseyant dans une voiture de luxe. Mais Rina est différente. Rina est un « salon privé » dédié à la passion de la conduite. Un temple sacré où célébrer l’extension de son âme de pilote. Oui, « elle » est un véritable « prolongement » de la personnalité de son propriétaire.
Nous voulions que le toucher des commandes en métal, le parfum du cuir travaillé par les maîtres selliers et le vent sur le visage deviennent un dialogue intime et sans filtres, un luxe aussi « sensoriel ». Tout cela est tout simplement impossible à travers un écran numérique : un écran vieillit, l’amour non.
Au cœur du moteur et de la philosophie mécanique
ETUU : Vous avez choisi un V8 atmosphérique d’origine américaine, retravaillé en interne, couplé à une boîte manuelle transaxle et à la propulsion. Pourquoi ce refus catégorique de l’hybridation et de l’électrification, alors que tout le marché semble s’engager dans cette voie ?
Josè Mignatta : L’électrification apporte indubitablement de l’efficacité, mais elle étouffe l’âme. Que tout le marché aille dans cette direction, pour le reste, reste à voir. Nous sommes proches d’un moment de conjoncture décisive à cet égard – les « revers » de presque tous les grands groupes automobiles sont évidents. Mais mettons volontiers ce discours entre parenthèses – notre vision est absolument claire et univoque, et nous sommes certains d’avoir regardé dans la bonne direction. Le cœur battant de Rina est une monocoque en fibre de carbone ingénierisée dans nos ateliers, mariée à une carrosserie « monobloc », évidemment en carbone, et même renforcée de kevlar. À ce châssis d’excellence, nous avons associé un moteur V8 d’origine Ford, rigoureusement atmosphérique, capable de délivrer 460 chevaux dès l’origine. Ce moteur est savamment retravaillé par un groupe de professionnels proches de nous pour frôler les 500 chevaux. Ce résultat est atteint en conférant à la voiture un caractère et un timbre acoustique absolument uniques, « identitaires », et différents de ce qu’on pourrait attendre. La boîte manuelle est le véritable chef d’orchestre de cette symphonie mécanique, et le centre absolu de l’expérience. Le pommeau lui-même est un choix élitiste : il est composé de 25 couches de différentes fibres de carbone, symbolisant les 25 ans d’expérience dans la fabrication qui ont mené à la genèse de Rina. Métaphoriquement, « à chaque passage de vitesse », on saisit toute l’histoire de la marque.
ETUU : Avec environ 500 chevaux pour un poids d’environ 1 000 kg et une répartition 50/50, nous sommes sur un rapport poids/puissance très sérieux. Mais c’est toujours le concept de « pureté » que vous mettez en avant. Sur le plan technique, comment cette pureté se traduit‑elle à la conduite ?
Josè Mignatta : Ce que nous désirions était un équilibre géométrique parfait. Il ne s’agit pas d’un simple exercice mathématique, mais d’une pure alchimie homme-machine. La pureté se traduit par des réactions presque « télépathiques », qui procurent un sentiment d’omnipotence et une connexion avec la route presque inégalable.
ETUU : Dans le réglage du châssis, de la direction et des freins, qu’est‑ce qui révèle le mieux votre signature ingénieristique : un certain roulis, un type de retour, un son, une vibration que vous avez voulu préserver à tout prix ?
Nunzio Annunziata : Rina a un caractère bien distinct : elle révèle sa nature la plus viscérale à chaque caresse sur la pédale d’accélérateur. C’est la réaction physique et acoustique. Nous avons délibérément choisi de préserver une subtile rugosité mécanique, une vibration harmonique qui se propage à travers le châssis en carbone jusqu’à atteindre directement le corps du pilote. C’est une signature de sincérité absolue, la certitude unmistakable de piloter une entité vivante et réactive.
« Rina est un “salon privé” dédié à la passion de la conduite. » - Nunzio Annunziata
Portrait du client idéal de Rina
ETUU : Quand vous pensez au client idéal de Rina, à quoi le rêvez‑vous : un collectionneur qui possède déjà tout, un esthète qui conduit peu mais intensément, ou un puriste en quête de maîtrise absolue ?
Nunzio Annunziata : Rina est dédiée à ceux qui placent l’expérience de conduite « mécanique » au centre, qui privilégient la rareté absolue à la production de masse, et qui conçoivent l’acte de conduire comme une expression artistique de soi, une véritable extension de l’« ego ».
Ce n’est pas une voiture conçue pour ceux qui ressentent le besoin d’ostenter leur statut (même si elle serait « efficace » aussi à cet égard), mais pour le collectionneur éclairé, pour l’esthète qui cherche l’extase dans un objet qu’il sent comme irrépétiblement « sien », et qui compte typiquement déjà dans sa collection les plus hautes expressions du luxe automobile conventionnel.
ETUU : Vous avez annoncé une production ultra‑limitée, limitée à très peu d’exemplaires par an. S’agit‑il d’un choix industriel, économique, ou presque philosophique, pour rester proches de chaque voiture construite ? Et ce nombre pourra‑t‑il augmenter un jour, ou est‑il définitivement inscrit dans votre ADN ?
Nunzio Annunziata : C’est un impératif catégorique et incontournable de notre vision philosophique. L’expérience sartoriale a pour nous une importance capitale. Chaque création signée Automobili Mignatta est une œuvre réalisée sur mesure. Limiter de manière radicale et rigoureuse les volumes est le seul moyen de garantir une rareté extrême et tangible, nous permettant de cultiver un rapport exclusif et personnel avec chaque client. Nous façonnons des œuvres pour un cercle restreint et ultra-sélectionné de connaisseurs, qui deviennent par là même des « ambassadeurs de la marque ».
ETUU : À quel montant s’élève exactement le prix de Rina aujourd’hui, et qu’est‑ce que vous proposez vraiment à ce niveau tarifaire : la performance pure, la rareté absolue, la proximité avec l’atelier, ou un fragment de votre histoire personnelle ?
Josè Mignatta : Le prix de Rina commence à 290 000 euros hors taxes. Les options et personnalisations éventuelles, incluant des sessions « hands-on » avec le designer lui-même, sont considérées comme additionnelles. Rina est infiniment plus qu’une automobile, c’est l’automobile « sur mesure » née pour émouvoir. Notre client acquiert un fragment d’éternité motorisée, l’entrée dans un cercle restreint et l’incommensurable privilège d’avoir co-créé son chef-d’œuvre mécanique côte à côte avec nos maîtres artisans.
Production, calendrier et marchés ciblés
ETUU : Où en êtes‑vous aujourd’hui sur le plan du calendrier : homologation, achèvement des premiers châssis, rythme de travail dans l’atelier ? Quelles sont les prochaines grandes étapes avant les essais routiers du printemps 2026 ?
Josè Mignatta : Nous sommes actuellement dans la délicate phase du perfectionnement maniaque. Le processus d’homologation avance de pair avec la mise au point millimétrique du châssis et de l’acoustique. Les essais routiers et les premières expériences de conduite, prévus pour la fin du printemps 2026, ne prendront pas la forme de simples démonstrations, mais se dérouleront comme de véritables « mises en scène expérientielles ». Nous prévoyons aussi de compléter notre factory showroom d’ici la fin de 2026.
ETUU : Dans quels pays Rina sera‑t‑elle prioritairement proposée : Italie, France – où vous avez été dévoilés à Paris –, d’autres marchés européens, Moyen‑Orient, États‑Unis ? Et quel est le raisonnement derrière ce choix géographique ?
Nunzio Annunziata : La profonde culture historique de l’auto comme objet d’extrême élégance et une appréciation naturelle pour l’art de vivre font de la France un marché de référence évident. Puis il y a l’Italie, notre maison, berceau de la passion automobile. Enfin, nous regardons vers des collectionneurs ultra-exigeants au Moyen-Orient et aux États-Unis (Floride et Californie en premier lieu), des lieux où la culture de la barquette et de la conduite à ciel ouvert est vénérée.
ETUU : Comment le rapport avec vos clients sera‑t‑il organisé : vente directe depuis le Piémont, recours à des partenaires sélectionnés, ou événements privés autour de l’Ultimate Supercar Garage et d’autres salons ?
Nunzio Annunziata : À huis clos, dans notre factory-showroom au Piémont, mais avec un partage total d’intentions avec chaque client. Nous refusons catégoriquement le concept de concession traditionnelle au profit de rencontres hautement confidentielles dans notre atelier, et de participations ciblées à des événements internationaux de grand calibre. Nous désirons fonder un véritable club, où le client jouisse d’un accès direct, intime et privilégié aux fondateurs et aux ingénieurs qui forgent physiquement son rêve.
Automobili Mignatta face aux géants italiens
ETUU : Vous évoluez dans le même imaginaire que Ferrari, Pagani ou les grands noms des supercars italiennes, mais vous n’êtes pas Ferrari. Pourquoi est‑ce plutôt un avantage qu’un handicap pour vous ?
Josè Mignatta : À une époque lourdement définie par les logiques de l’électrification et de l’automatisation de masse, Automobili Mignatta se dresse en contre-tendance délibérée et fière. Notre avantage inestimable est la totale et absolue liberté des contraintes liées aux volumes de vente, aux conseils d’administration et aux logiques commerciales. Nous n’avons pas besoin d’inventer un nouveau système d’infotainment chaque année, ni de faire passer les clients par des paramètres compliqués et tant de restrictions. Nous ne nous croyons pas omnipotents, nous sommes des créateurs de rêves à quatre roues et nous voulons contribuer à l’histoire en ce sens. Les voitures Automobili Mignatta sont profondément « humaines » et politiquement incorrectes, sans avoir à faire de compromis pour plaire à un public mondial.
ETUU : Si un lecteur hésite entre une Ferrari « ouverte » et Rina, quel argument voudriez‑vous qu’il retienne avant tout : la légèreté extrême, l’absence de filtres électroniques, ou la proximité avec les artisans qui construisent l’auto ?
Nunzio Annunziata : Opter pour Rina, c’est choisir un habit de haute couture cousu millimétriquement sur son corps, opposé à un excellent, quoique standardisé, prêt-à-porter de luxe. Imaginez-vous assis dans les deux, laquelle vous fait ressentir la vraie « magie » née de la conscience d’avoir « co-créé » quelque chose d’absolument personnel ?
ETUU : Y a‑t‑il chez Automobili Mignatta, en termes de sur‑mesure, de dialogue avec le client et de radicalité technique, quelque chose que ne peut tout simplement pas offrir une grande marque, par sa nature même ?
Josè Mignatta : L’intimité du processus. Chaque auto d’Automobili Mignatta est construite sur mesure. Le niveau d’implication personnelle, où chaque détail porte l’intention et le respect des artisans qui l’ont façonné, est impossible à répliquer à l’échelle industrielle. L’empreinte de l’artisan est imprimée et tangible sur chaque millimètre de carbone. Nos maîtres ont transformé des concepts abstraits en matière vibrante, s’assurant que chaque surface et chaque détail porte une intention et un profond respect. Mais il ne s’agit pas seulement de « production » – Automobili Mignatta offre l’intimité inégalable du processus créatif : si la grande industrie vous livre une voiture parfaite et finie, nous vous livrons un fragment de notre âme, entrelacé à la vôtre, forgé ensemble dans notre atelier.
« Rina est “Pureté”, un concept important à réaffirmer. » - Josè Mignatta
Vision à long terme pour Rina et au-delà

ETUU : Rina marque‑t‑elle une pièce unique dans votre histoire, ou sera‑t‑elle le premier chapitre d’une famille Automobili Mignatta – avec un coupé fermé, une version plus « grand tourisme », voire des projets électrifiés – ou au contraire souhaitez‑vous rester fidèles à la seule formule de la barquette thermique ?
Josè Mignatta : La Rina barquette définit de manière inequivoque notre ADN. Nous décidons pour l’instant de ne pas dévoiler d’éventuels autres chapitres. Sûrement il n’y aura jamais de version électrique, cela est absolument hors de question. Automobili Mignatta restera toujours fermement ancrée, en tant que constructeur, aux mêmes principes cardinaux suprêmes : légèreté absolue, pureté mécanique et un design à l’impact émotionnel profond.
ETUU : Dans dix ans, lorsque vous regarderez en arrière, à quoi souhaitez‑vous que soit associé Automobili Mignatta : une voiture précise, une façon de construire, ou une philosophie du plaisir de conduire ?
Josè Mignatta : Nous ne sommes certes pas les seuls « dépositaires » de la conduite analogique, mais nous sommes la marque qui a donné une véritable empreinte de co-création du luxe dans l’automobile. Nous sommes d’ailleurs les seuls à le faire dans cette tranche de prix, grâce à l’internalisation totale des postes de coûts typiquement les plus « lourds » pour les constructeurs. Nous ambitionnons d’être célébrés et souvenus comme l’atelier qui, précisément au moment de la transition digitale maximale et exaspérée du monde automobile, a su préserver les battements de cœur et la beauté infinie, superbe, de la grande mécanique italienne.
ETUU : Pour conclure, si vous deviez résumer Rina en un seul mot pour nos lecteurs – un mot qui ne soit ni « supercar » ni « luxe » –, lequel est‑ce que vous choisiriez, et pourquoi ?
Josè Mignatta : « Pureté », un concept important à réaffirmer. Car dans un monde envahi de sophistications synthétiques et de filtres numériques, Rina affiche une transparence bouleversante. Elle ne fait pas semblant, ne se masque pas et ne transige pas avec les médias. Rina représente la projection la plus nue, brute et exaltante de la passion viscérale pour l’automobile.
Rina d’Automobili Mignatta apparaît ainsi comme un retour aux sources, une ode à la conduite authentique dans un monde automobile saturé de technologie. Josè Mignatta et son équipe ne construisent pas seulement des voitures : ils forgent des émotions, des objets uniques nés d’un savoir-faire artisanal intransigeant.
À l’heure où l’électrification redessine les contours de l’industrie, cette barquette piémontaise rappelle avec force que l’Italie excelle encore dans l’art de faire vibrer l’âme des passionnés.
Une promesse de pureté qui résonne loin au-delà des routes sinueuses.







