REPORTAGE - Gênes, la ville qui se mérite
- Amani Aggoun

- il y a 1 jour
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Elle n'est ni sur toutes les lèvres ni sur toutes les affiches. Gênes existe ailleurs — dans le silence d'une ruelle, dans l'odeur de la focaccia chaude, dans le regard de ceux qui l'habitent et ne l'expliqueraient pour rien au monde. Avec ETUU, cap sur la capitale de la Ligurie : un reportage à hauteur d'homme, raconté par les Génois eux-mêmes.
Gênes, ou Zena : capitale de la Ligurie
Gênes — Zena, pour ses habitants en dialecte génois — est la capitale de la Ligurie. Ses quelque 564 000 habitants longent la côte méditerranéenne, face à la mer Ligure, à quelques kilomètres à peine de la frontière française. Ancienne République maritime au rayonnement européen, la ville porte encore les traces de sa puissance passée : palais aux façades colorées, églises baroques, places élégantes, et au cœur de tout, un labyrinthe de ruelles étroites — les fameux caruggi — qui donnent à chaque promenade des allures d'exploration. Son port demeure l'un des plus actifs de Méditerranée.
Gênes n'est pas une ville qui se livre immédiatement. Elle se dévoile par fragments, par silences, par éclats de lumière entre deux façades — comme si elle voulait tester la patience de ceux qui tentent de la comprendre. Pour la raconter, décrire sa beauté ne suffit pas. Il faut écouter ceux qui la vivent : ceux qui la traversent chaque jour sans y penser, ceux qui l'aiment, la critiquent, la défendent. C'est ainsi qu'est né ce reportage — un voyage à hauteur d'homme pour saisir ce qu'est vraiment Gênes, aux yeux des Génois.
Ce que Gênes représente pour ses habitants
Beaucoup des personnes rencontrées l'ont décrit avant tout comme « très belle », comme « la maison », ou encore comme « une introspection, quelque chose de profond ». « Il faut la chercher, aller en profondeur » — une phrase qui revient souvent, prononcée avec un demi-sourire, comme si ses habitants détenaient un secret que les autres ignorent. Et peut-être ont-ils raison : Gênes demande du temps, de l'attention, une certaine douceur. Elle ne se laisse pas capturer en une seule image. Il faut accepter son caractère introverti, ses ombres, ses détours.
Derrière cette réserve apparente se cache pourtant une tendresse inattendue. « C'est une belle œuvre inachevée », confie Simona, artiste peintre dont les toiles reflètent le bleu des plages et la lumière du soleil ligurien. Pour elle, Gênes pourrait être davantage mise en valeur, davantage soignée, davantage ouverte. Dans la ruelle de San Lorenzo, au cœur du centre historique, un couple d'une cinquantaine d'années — des résidents de longue date — résume la chose simplement : « C'est la maison. Tout est là. »
Pour d'autres, Gênes est « une découverte, dernièrement ». Plusieurs jeunes rencontrés entre le centre et le Corso Italia racontent qu'avoir vécu à l'étranger leur a offert un regard neuf sur leur propre ville. Revenir à Gênes, c'est redécouvrir ce qu'on tenait pour acquis, comprendre qu'elle a « toujours quelque chose à offrir, à condition de savoir bien chercher ». Mais ce qui revient le plus souvent, c'est que Gênes, c'est surtout « la mer, le soleil, le tourisme, et de la bonne nourriture » — la ville de la focaccia et du pesto, ce duo parfait pour une journée ensoleillée face à la mer. « Pour moi, Gênes, c'est une manière de vivre », conclut un jeune homme, laconique, comme si tout était dit.
Gênes, un secret qui se mérite
Gênes fascine ceux qui la visitent et attire même ceux qui ne l'ont jamais vue. Elle cache un secret que l'on ne peut comprendre qu'en y posant les pieds, en laissant ses ruelles vous avaler, en acceptant de se perdre un peu. Ce n'est pas une ville qui se raconte vraiment : elle se ressent. Elle se découvre dans un souffle de mer, dans une lumière qui glisse entre deux façades.
Se promener dans les caruggi par beau temps, c'est avoir l'impression de rêver — tant la ville transforme chaque instant en quelque chose d'irréel. Ce musée d'art et d'architecture à ciel ouvert ne brille pas pour séduire : il marque profondément ceux qui prennent le temps de l'écouter. Et plus on croit la connaître, plus elle révèle quelque chose de nouveau.
Gênes ne s'offre pas. Gênes se mérite. Et c'est peut-être pour cela qu'on y revient.
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Sujet : Victoria Di Cala
Reportage et montage : Amani Aggoun
Contributeurs: Eva Bettale, Cassandre Parent, Federica Mignatta








