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De Lagos au Grand Palais, Rachel Ojuromi entre dans l’histoire de Chanel

Photo du rédacteur: Victoria Di Cala
Victoria Di Cala
il y a 5 jours
5 min de lecture
De Lagos au Grand Palais, Rachel Ojuromi entre dans l’histoire de Chanel
De Lagos à Chanel, le parcours remarquable de Rachel Ojuromi. ©Chanel

Repérée sur les réseaux sociaux après avoir transformé les rues de Lagos en podiums improvisés, Rachel Ojuromi a fait ses débuts à Paris lors du défilé Chanel printemps-été 2027. Une arrivée remarquée qui raconte aussi une autre manière d’entrer dans la mode.


Le 5 octobre, sous la verrière du Grand Palais, Rachel Ojuromi a vécu une scène qu’elle avait longtemps imaginée sans savoir si elle deviendrait un jour réalité. À 22 ans, la jeune Nigériane a défilé pour Chanel lors de la présentation printemps-été 2027 de Matthieu Blazy. Quelques mois auparavant, son terrain d’expression était encore celui des rues de Lagos et des réseaux sociaux.


Son histoire aurait pu rester celle d’une créatrice de contenu parmi tant d’autres. Elle a finalement attiré l’attention de l’un des directeurs artistiques les plus observés du moment. La rencontre n’a pourtant rien d’un hasard. Depuis plusieurs années, Rachel Ojuromi construit son propre rapport à la mode, avec une démarche de mannequin, un goût affirmé pour les vêtements et une façon très personnelle de les mettre en scène.


Lagos comme premier podium


Lagos comme premier podium
Avant Paris, ©Rachel Ojuromi mettait déjà la mode en scène dans les rues de Lagos.

Avec son amie Debby Fasingha, styliste et créatrice, Rachel Ojuromi s’est fait connaître grâce à des vidéos tournées dans Lagos. Elle y apparaît dans des silhouettes travaillées, marche face à la caméra et transforme les scènes ordinaires de la ville en décor de mode. Un marché, une rue ou un déplacement quotidien deviennent ainsi le cadre d'une véritable présentation.


Ses vidéos ont fini par dépasser largement le cercle de ses premiers abonnés. Parmi celles qui ont particulièrement attiré l’attention figurent ses interprétations de silhouettes inspirées de Chanel. Avec les vêtements dont elle disposait, Rachel recréait l’esprit de certaines collections et les faisait vivre dans son environnement, loin des studios et des podiums parisiens.


Matthieu Blazy a fini par remarquer son travail. Une publication consacrée à Chanel a notamment dépassé les deux millions de vues, contribuant à faire circuler son image bien au-delà du Nigeria. Le directeur artistique a ensuite pris contact avec elle avant de lui proposer de participer au défilé parisien. 


Le passage des réseaux au podium ne constitue donc pas une rupture aussi nette qu’il pourrait y paraître. Rachel avait déjà appris à marcher, à poser et à raconter une silhouette devant une caméra. Elle avait surtout compris comment créer une présence sans attendre qu’une maison ou une agence lui donne une scène.


Une première apparition dans un Chanel renouvelé


Une première apparition dans un Chanel renouvelé
Rachel Ojuromi lors de son premier défilé pour ©Chanel, le 5 octobre 2026.

Pour son premier défilé, Rachel Ojuromi est apparue dans le look 73 : un ensemble en tweed jaune et gris composé d'une veste et d'une jupe midi. La silhouette reprend l'un des codes les plus identifiables de Chanel tout en lui donnant une allure plus jeune et plus directe. La mise en beauté, avec les cheveux tirés en arrière et un visage peu chargé, laisse également toute sa place à la personnalité du mannequin. 


Ce choix trouve naturellement sa place dans la collection imaginée par Matthieu Blazy. Pour son deuxième défilé prêt-à-porter printemps-été pour la maison, le créateur continue de travailler avec les signes historiques de Chanel tout en les déplaçant. Le tweed apparaît dans de nouvelles textures, tandis que les silhouettes jouent avec les transparences, les volumes plus souples et des associations moins attendues.


  • défilé ©Chanel printemps-été 2027.
  • défilé ©Chanel printemps-été 2027.
  • défilé ©Chanel printemps-été 2027.
  • défilé ©Chanel printemps-été 2027.
  • défilé ©Chanel printemps-été 2027.
  • défilé ©Chanel printemps-été 2027.

Quelques silhouettes du défilé ©Chanel printemps-été 2027.


Les imprimés animaliers apportent une autre énergie à la collection, notamment sur le tweed, tandis que les jupes plissées, les vestes raccourcies et les robes fluides donnent au vestiaire une mobilité nouvelle. Les accessoires participent pleinement à cette lecture : les sacs matelassés restent reconnaissables, mais certaines versions imprimées ou les chaussures bicolores viennent donner davantage de caractère aux silhouettes. 


La collection ne cherche donc pas à effacer Chanel. Elle semble plutôt vouloir montrer combien ses codes peuvent encore évoluer lorsqu’ils sont confrontés à une génération qui les porte différemment.


Une histoire de persévérance


Une histoire de persévérance
©Rachel Ojuromi en backstage du défilé Chanel printemps-été 2027.

L'arrivée de Rachel sur ce podium prend une dimension particulière lorsqu'on revient à ses débuts. Avant Chanel, elle avait déjà essuyé des refus et entendu qu'elle ne défilerait probablement jamais. Pourtant, elle a continué à travailler son image et sa démarche, sans attendre une validation extérieure.


Ses vidéos témoignent précisément de cette volonté. Elles ne donnent pas l'impression d'une jeune femme qui attend d'être découverte, mais de quelqu'un qui a décidé de commencer malgré l'absence de garanties. La rue de Lagos est devenue son studio, ses vêtements son matériel et les réseaux sociaux son premier public.


C'est sans doute ce qui rend son parcours plus intéressant qu'une simple histoire de découverte sur Internet. La visibilité a joué son rôle, mais elle n'explique pas tout. Il a fallu une identité suffisamment forte pour retenir l'attention, une régularité dans le travail et surtout la capacité à continuer lorsque la reconnaissance professionnelle n'était pas encore là.


Son arrivée chez Chanel récompense ainsi une démarche déjà engagée. La maison lui offre aujourd'hui un podium international, mais elle n'est pas à l'origine de l'univers que Rachel Ojuromi avait commencé à construire à Lagos.


Quand les réseaux deviennent une porte d'entrée


Son parcours illustre aussi une transformation plus large du monde de la mode. Les réseaux sociaux permettent désormais à certains profils de montrer directement ce qu'ils savent faire, sans nécessairement passer par les chemins traditionnels du mannequinat.


Le cas de Rachel Ojuromi est particulièrement révélateur parce qu'elle n'a pas simplement publié des photographies de ses tenues. Elle a créé une mise en scène, travaillé sa démarche et développé un personnage visuel identifiable. Sa ville natale n'était pas un décor secondaire : elle faisait partie intégrante de son langage.


Voir cette jeune femme passer des rues de Lagos au Grand Palais donne alors au défilé Chanel une résonance supplémentaire. Dans une collection qui cherche à faire évoluer les codes de la maison, son apparition raconte à sa manière la capacité de la mode à changer de territoire, de génération et de regard.


Rachel Ojuromi n'est donc pas seulement le nouveau visage remarqué sur un podium parisien. Elle incarne une génération qui peut commencer à construire sa carrière sans attendre d'être invitée dans le cercle de la mode. Son histoire rappelle surtout que la détermination ne garantit jamais le succès, mais qu'elle peut permettre d'être encore là lorsque l'occasion finit par se présenter.


Pour Rachel, l'occasion est arrivée sous la verrière du Grand Palais, vêtue d'un tweed jaune et gris. Quelques mois plus tôt, elle marchait dans les rues de Lagos devant une caméra. Cette fois, le podium était bien réel.


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